Test de Batman: Arkham Asylum

Les hommes vêtus d’un habit de cuir moulant n’ont jamais vraiment attiré mon attention dans la rue ou dans les plus sombres des troquets parisiens. En revanche, j’ai nagé pendant toute une partie de mon enfance dans un océan de comics américains. Au cinéma comme sur console, chaque déclinaison laissait un goût amer de travail inachevé et infidèle à l’œuvre originale. Avec Batman: Arkham Asylum, RockSteady aurait-il pondu l’exception qui confirme la règle ?


Le Joker est probablement le super-vilain le plus charismatique de l’univers DC. Faciès inquiétant et déséquilibre mental bien avancé, ses idées malsaines et la violence gratuite que subissent ses sbires sont les ingrédients nécessaires à la confection d’une « bat-aventure » de qualité. Sans surprise, Red Hood est la star de cette déclinaison vidéoludique. De retour à l’asile d’Arkham et accompagné de son ancienne psychiatre personnelle Harley Quinn, il prépare un nouveau plan diabolique auxquels se frotteront également plusieurs antagonistes historiques de la saga. En fait, ils ont presque tous répondu présent, et l’entrée en scène d’un nouveau belligérant apporte toujours son lot de frémissements. L’absence totale de prise de risque scénaristique est regrettable, mais ce cross-over, qui plus est dans le lieu le plus symbolique de la saga, est un excellent hommage au chiroptère le plus classe de l’Histoire. L’univers est complété par de nombreuses fiches descriptives et extraits sonores détaillant la psychologie parfois bancale des différents protagonistes rencontrés. Les puristes apprécieront les dessins crayonnés et coloriés par les auteurs originaux.

Difficile de retranscrire la noirceur d’une bande-dessinée dans un jeu-vidéo ? Pour RockSteady, ça ne semble pas être un véritable obstacle. Prêts pour une avalanche de compliments ? Mises à part quelques textures intrusives pas vraiment glamour, les décors comme les personnages sont modélisés avec une finesse et une authenticité indéniable. Le Joker notamment, a bénéficié d’un soin tout particulier. Côté mise en scène, rien à redire. Les cinématiques n’ont rien à envier aux dernières productions audiovisuelles de l’homme chauve-souris. Le travail sur les combats, dont les coups fatals s’inspirent de la licence Assassin’s Creed, est lui aussi irréprochable. Mais le tableau n’est pas si prestigieux. On aurait aimé se faufiler agilement avec le Chevalier Noir dans les hospices telle araignée directement sortie d’un comics Marvel. Oubliez ce fantasme. L’asile est tristement morose, dirigiste et géométrique. Malgré quelques corniches et autres gargouilles haut-perchées, la trajectoire à suivre est linéaire et les balades nocturnes manquent cruellement de variété. Les allers et retours incessants entre les différents bâtiments renforcent cette sensation d’étouffement gênante dont on se serait volontiers passé.

S’il agit dans l’ombre et se faufile entre les poutres humides des bâtisses d’Arkham, Batman est aussi un fin combattant. Sans super-pouvoirs, difficile de faire face aux hommes armés jusqu’aux crocs, c’est pourquoi les gadgets de la Wayne Tech sont vos meilleurs alliés dans cette course à la folie. L’équipement de Bruce est si complet qu’il aurait été difficile d’en proposer davantage. Cependant dans certains cas, le corps-à-corps ne suffit pas. Face aux armes létales, la furtivité est la clé du succès. On s’amuse alors à emprunter les conduits d’aération, à assommer sans bruit les adversaires ou à leur infliger de véritables humiliations à l’aide du grappin. Cette subtilité qui rend Batman si vulnérable est ce qui procure au gameplay du jeu une finesse rare pour un beat them all. Dommage que la panoplie de gadgets ne soit pas mise à contribution plus intelligemment dans les affrontements contre les boss, dont les comportements sont prévisibles et répétitifs. S’ajoutent à la trame principale les phases d’investigation, la quantité industrielle d’énigmes de l’Homme Mystère, les défis supplémentaires, les biographies et les figurines à collectionner. Pas de contestation possible, Batman: Arkham Asylum est l’un des jeux d’action les plus rafraîchissants de 2009.

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